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L'histoire du café

Article: L'histoire du café

L'histoire du café

L'histoire du café

Temps de lecture : 7 minutes

Aujourd’hui, le café est cultivé dans des dizaines de pays et bu presque partout dans le monde. Derrière ce geste, devenu anodin, se cache une histoire de plusieurs siècles.

Cette histoire commence en Afrique, traverse la péninsule Arabique, accompagne l’expansion des empires européens et transforme profondément certaines régions d’Asie et d’Amérique.

Elle n’est pas toujours confortable à raconter, car si le café est aujourd’hui associé à la convivialité, aux coffee shops et au plaisir, son développement mondial est aussi intimement lié au colonialisme, à l’esclavage et à l’exploitation des populations.

Aux origines : l’Éthiopie et le Yémen
L’origine botanique du Coffea arabica se situe dans les hauts plateaux d’Afrique de l’Est, principalement dans l’actuelle Éthiopie. C’est ici qu’apparaît l’une des histoires les plus célèbres du café : celle de Kaldi, un berger éthiopien qui aurait remarqué que ses chèvres devenaient particulièrement énergiques après avoir mangé les fruits rouges d’un caféier. L’histoire est belle, mais rien ne permet de prouver que Kaldi ait réellement existé.

Les premières traces historiques solides de consommation du café comme boisson apparaissent bien plus tard, au XVe siècle, au Yémen, sur la péninsule Arabique, face à l’Afrique de l’Est. Des communautés soufies l’utilisent notamment pour rester éveillées pendant leurs longues prières nocturnes.Le café commence alors à être cultivé et commercialisé à plus grande échelle. Le port de Moka, au Yémen, sur la mer Rouge, devient l’un des grands centres du commerce du café.

Le café conquiert le monde musulman
Au XVIe siècle, la consommation de café se développe dans les grandes villes du Moyen-Orient : Le Caire, Damas, Istanbul…

De nouveaux établissements apparaissent : les maisons de café, ou qahveh khaneh. On y discute, on joue, on écoute de la musique, on échange des informations et on parle parfois de politique. Cette nouvelle sociabilité inquiète régulièrement les autorités. À différentes périodes, certains dirigeants tentent même d’interdire les cafés. Le café est devenu un phénomène culturel.

L’Europe découvre le café
À partir du XVIIe siècle, les marchands européens rapportent progressivement le café depuis les ports du Moyen-Orient. Venise et Marseille font partie de ses premières portes d’entrée, puis il gagne les cours et les capitales européennes.

Les coffee houses européens deviennent eux aussi des lieux de rencontre, de commerce et de circulation des idées. Mais l’Europe, consomme du café sans contrôler sa production, alors que son commerce reste largement entre les mains de l’Empire Ottoman. À une époque dominée par l’expansion des puissances coloniales européennes, cette situation ne va pas durer.

Le café devient une affaire d’empire
Les puissances européennes cherchent progressivement à sortir le café du contrôle commercial Ottoman. Les Néerlandais réussissent à développer la culture du café dans les territoires colonisés d’Asie, notamment sur l’île de Java, dans l’actuelle Indonésie.

Les Français développent à leur tour la culture du café sur les terres colonisées, notamment sur l’île Bourbon, actuelle île de La Réunion, puis les plants traversent l’Atlantique.

Au XVIIIe siècle, le café commence à s’implanter massivement dans les Caraïbes et en Amérique latine. Cette expansion marque un tournant majeur : le développement de la culture du café s’inscrit désormais pleinement dans le système colonial et esclavagiste, dans lequel la production agricole dépend massivement du travail forcé.

Café, colonisation et esclavage
Pour satisfaire la demande croissante des consommateurs européens, il faut produire toujours davantage. Les puissances coloniales disposent de terres tropicales parfaitement adaptées au café, mais elles ont également besoin d’une immense quantité de main-d’œuvre. 

Dans plusieurs territoires d’Amérique et des Caraïbes, cette main-d’œuvre sera constituée
d’hommes, de femmes et d’enfants africains réduits à l’esclavage.

Le café rejoint alors le sucre, le coton, le cacao, le tabac et d’autres produits au cœur d’un système économique transatlantique reposant largement sur l’exploitation humaine. Cette période participe directement à l’essor de ces produits comme biens de consommation à grande échelle, au prix du travail forcé de millions de personnes.

Saint-Domingue : le café, l’esclavage et une révolution
À la fin du XVIIIe siècle, Saint-Domingue aujourd’hui Haïti, alors sous domination française, est l’un des territoires coloniaux les plus riches du monde. Porté par la culture de la canne à sucre, du café et des centaines de milliers de personnes réduites à l’esclavage travaillant dans les plantations.

En 1791 commence une immense insurrection : les populations esclavagisées se révoltent contre le pouvoir colonial. Après plus d’une décennie de guerre, de bouleversements politiques et d’interventions étrangères, Haïti proclame son indépendance en 1804.

C’est un événement majeur de l’histoire mondiale : une révolution menée par des personnes ayant subit les conditions de vie imposées par les esclavagistes aboutit à la création d’un État indépendant. Cette révolution bouleverse également le commerce international du café. L’un des principaux producteurs mondiaux vient de disparaître du système colonial qui alimentait l’Europe, mais d’autres régions vont prendre sa place.


Le Brésil devient le géant du café
Au XIXe siècle, le centre de la production mondiale se déplace vers le Brésil. Les plantations s’agrandissent considérablement et, là encore, cette croissance repose en grande partie sur le travail d’esclaves africains et de leurs descendants. Le Brésil recevra des millions de déportés pendant la traite transatlantique et sera le dernier pays du continent américain à abolir officiellement l’esclavage, en 1888.

Le café participe pendant près d'un siècle à une transformation considérable de l’économie brésilienne. Les infrastructures se développent pour permettre au café de quitter les régions productrices et de rejoindre les marchés internationaux.

Cette expansion transforme aussi profondément les paysages. Pour répondre à la demande croissante, de vastes surfaces de forêt sont défrichées pour laisser place à l’agriculture. La croissance de l’industrie caféière brésilienne s’accompagne ainsi d’une importante déforestation alors que le café devient une matière première stratégique.

Des rapports de force mondiaux
À mesure que le café se démocratise en Europe et en Amérique du Nord, une géographie particulière de la consommation se dessine.

Le café est produit dans les régions tropicales, tandis qu’une grande partie de sa consommation et de sa valeur commerciale se concentre dans les puissances économiques du Nord. Cette organisation ne disparaît pas avec l’abolition de l’esclavage ou la fin des empires coloniaux.

Encore aujourd’hui, des questions restent centrales dans l’économie du café : la propriété des terres, les conditions de travail, le prix payé aux producteurs et aux travailleurs agricoles et donc le partage de la valeur entre ces maillons de la chaine.

Le café de spécialité dans tout ça ?
Les notions de traçabilité, de prix producteur, de relations directes, de qualité ou de transparence ne sont pas apparues pour rien. Elles s’inscrivent dans le cadre d’une industrie construite pendant plusieurs siècles autour de rapports économiques profondément déséquilibrés.

L’apparition de la notion de café de spécialité dans les années 1970 cherche à accompagner le développement d’une autre approche de la filière, fondée notamment sur la valorisation de la qualité et des bonnes pratiques agricoles, avec l’ambition de mieux reconnaître le travail des producteurs et favoriser une rémunération plus juste.

Connaître l’histoire du café permet de comprendre que derrière un produit que nous manipulons tous les jours se trouvent des histoires humaines, économiques et politiques. L’histoire du café est profondément liée à l’histoire de nos sociétés. Comprendre son passé permet de mieux saisir les réalités et les contradictions de l’industrie d’aujourd’hui.